Le Prix de poésie  > Jury  > Henri Nicolas 

Extrait ...


.... "Il s'était remis à feuilleter 1'ouvrage.

- Je lis, fit-il au bout de quelques instants, des mots bien tristes, qui évoquent des choses tristes. Ainsi le mot miasmes,.. et cette expression: La mort en robe de fumée... Plus loin encore: Le ciel se vêt de moutons noirs. Pourquoi noirs? Certes, il arrive qu'ils soient sombres. Mais ne t'es-tu jamais avisée qu'ils peuvent aussi être roses. Roses, Carole, tu m'entends?
Abandonnant pour un instant le recueil, il lui prenait le visage dans ses mains. Elle ne répondait pas, elle lui souriait, heureuse de sentir ses mains sur elle, d'être ainsi en lui.
Il reprit d'une voix plus douce, lâchant Carole pour se replonger dans les poèmes:
- Le ciel se vêt de moutons roses : ce ne serait pas plus mal. Il existe également des nuages roses. Le matin, et ils sont l'évocation d'une belle journée à venir. Ou, le soir, l'espoir d'une nuit magnifique.
Elle ne répondait pas, surprise peut-être d'entendre de telles réflexions. Des réflexions que ceux qui l'entouraient ne lui avaient jamais faites. Elle ne put que murmurer :
- Mais sais-tu que tu es poète? Ce que tu viens de me dire, c'est de la poésie.
- Si j'étais poète, répondit Xavier avec une soudaine gravité dans la voix, je te forgerais des vers où il ne serait question que de beauté. La beauté d'une femme, la beauté d'un paysage, la beauté d'un instant...
Elle se jeta contre sa poitrine et répéta :
- Mais si, tu es poète.
Et, se dégageant pour le regarder bien en face :
- Nous aurions pu faire de grandes choses, tous les deux...
Il nota qu'elle avait dit : Nous aurions pu. Et non : Nous pourrions. Il soupira.
On n'était pas loin de midi. Le soleil pesait de toute sa masse blonde sur la campagne soumise. Un lézard cuirassé d'argent était venu s'aplatir à quelques mètres d'eux ; à un geste de Xavier, il s'enfuit brusquement et alla se nicher derrière quelque pierre. Un cheval hennissait. Sur la route nationale point tellement éloignée continuait la procession des voitures, toutes participant à cette interminable migration qui était leur raison d'être.


Extrait du roman "Douze jours entre parenthèses" publié en 1995 aux éditions Mon village à Vulliens (Suisse).

 

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