Georges Riguet  > Sa vie  > Allocutions de Maurice Riguet 

2007 Langages et art d'écrire (Réflexions de Georges Riguet)


2008 Langages et art d'écrire (Suite des réflexions de Georges Riguet)

2009 Georges Riguet et "La Gueule Noire" (avec une étude de Jean-Pierre Valabrègue)

2010 "L'arme sur l'épaule" (Souvenirs du service militaire de Georges Riguet)

2011 "Les Guerriers sans fureur" (Souvenirs de Georges Riguet, Combattant de 39-40)

2012 Souvenirs et réflexions sur le tourisme par Georges Riguet

2013 Hommage à Tristan Maya (1926-2000), ancien membre du jury

2014 Anciens lieux de divertissements populaires creusotins

2015 Le thème de l'enfance dans les oeuvres de Georges Riguet destinées à la jeunesse

2016 Georges Riguet lecteur de la revue "Le miroir dijonnais et de Bourgogne" (1923-1940)

2017 Etude sur Victor Hugo par Georges Riguet (1938)

Nous l'avons dit, sa vie durant, Georges Riguet a écrit des articles dans des journaux ou des revues : souvenirs d'enfance, contes, considérations culturelles, opinions sur l'école... Il faut parler aussi d'une cinquantaine d'études présentant une orientation spécifiquement littéraire avec (ce sera notre propos d'aujourd'hui) des critiques de livres et des réflexions sur l'écriture présentées sous des titres variés ("Gouttes d'encre, A l'écoute des mots, Brins de plume, Notes sur le parler...") et publiées surtout dans le temps de sa Retraite professionnelle.

La revue d'ouvrages et d'auteurs

Pour faire transition avec notre dernière allocution, citons d'abord un essai sur "La vie scolaire dans la littérature" publié en 1937 dans la revue Loisirs et Profession.
Avant de se pencher sur différents livres comme La Maternelle et L'Institutrice de province de Léon Frapié ou Claudine à l'école de Colette), mon père observe que les ouvrages consacrés au milieu de l'école se partagent entre narrations objectives et confessions : ceux qui soulignent l'aspect pittoresque et ceux qui tentent une recherche psychologique. Par exemple, il donne des extraits amusants d'un livre de Jules Leroux, Léon Chatry, instituteur qui rapporte les conseils prodigués à un jeune débutant par son directeur autoritaire :

"Pour ce qui est des méthodes d'enseignement, vous vous débrouillerez ; chacun a les siennes. Je vous donnerai simplement les préceptes pédagogiques suivants :
Un bon maître ne s'assied jamais.
Un bon maître tient sa salle de classe comme son salon
Mais surtout : un bon maître ne laisse jamais rien passer. De la discipline avant tout.
Vous faites une leçon, exigez que les bras soient croisés, les pieds alignés.
Quelqu'un n'écoute pas ? La réponse est absurde ? Vingt lignes de ce genre :
- Je ne marcherai plus qu'à quatre pattes
- Je suis incolore comme un navet pelé sept fois
- Je ne gagne pas l'air que je respire
- Je suis intelligent comme le dernier wagon d'un train de marchandises..."

- ..............
On croit, n'est-ce pas, retrouver "la classe de Croquemitaine" de l'année dernière !

Mais pour l'essentiel, les ouvrages examinés par Georges Riguet sont liés à notre Région par le thème, l'éditeur ou l'auteur dont la voix familière décrit des paysages qui parlent au coeur. Citons quelques titres parmi la trentaine relevés entre 1963 et 1994 dans le quotidien "Le Courrier de Saône-et-Loire" :
- "Decadi" de Paul Cazin 1921
- "Ma route de Bourgogne" de Raymond Dumay 1948
- "La Chasse aux coquecigrues" de Roger Semet 1950
- "Il pleut sur mon jardin" de Roger Denux 1960
- "Les grandes heures du Creusot au temps des Schneider" d'Alphonse Fargeton 1977
- "L'amour à contrecoeur" de Francine Teneur 1986
- "Chronique douce-amère" de Florence Littré 1987
- etc..................

Plusieurs articles répertorient plus précisément les écrivains du Morvan et ceux de la Bourgogne, en essayant de dégager la qualité dominante de leurs oeuvres.
Ainsi, en novembre 1958, cinq longues analyses du "Courrier de Saône-et-Loire" énumèrent une trentaine d'ouvrages et une vingtaine de spécialistes du Morvan qui ont voulu saisir "l'esprit du Morvan" et "l'âme du Morvandiau" (entêté, retors, mystique, accueillant à tout ce qui règne de brumeux, d'insolite, d'inexplicable au delà du monde apparent). Pour cela, Georges Riguet cite d'abondants extraits d'oeuvres de Constantin-Weyer, Margravou, Barbotte, Franay, Bachelin, Cazin... Cazin (de "La Tapisserie des jours") dont il loue l'intelligence attentive à la couleur et à la beauté du monde, avant de donner des fragments de la poésie traditionaliste d'une délicate sensibilité d'Albert Duvaut
("Le Morvandiau de Paris", octobre 1963).
Ainsi, encore, examinant "le legs littéraire de la Bourgogne d'or" ("Le Courrier de Saône-et-Loire", août 1968), présente-t-il le contenu de cette revue ouverte à tous les artistes et curiosités naturelles du cher terroir bourguignon dont (selon Gustave Gasser) "la qualité première est la mesure". En notant nombre de pages de haute saveur avec récits de belle humeur, Georges Riguet fournit des exemples de cette littérature bourguignonne de terroir accusée encore de "provincialisme" (Le préjugé n'est pas mort qui veut que la province demeure zone déshéritée, que rien de valable n'y croisse et qu'il ne soit bon froment ou bel ouvrage que de Paris... )

Tout cela n'est qu'un aperçu de l'activité de critique littéraire bénévole de Georges Riguet, activité que nous connaissions pour l'avoir évoquée dans nos précédentes études sur sa correspondance reçue. Nous avions alors souligné l'abondance de ses "notes de lecture" toujours bienveillantes et pondérées sur le fond mais fort attentives à la correction de la forme. Ces comptes rendus sont certes ceux d'un lecteur mais ils émanent aussi d'un enseignant et d'un écrivain averti du travail de l'écriture et inquiet de la dégradation de la langue comme nous allons le voir maintenant.

Les réflexions sur l'écriture

Un seul article traite de la lecture ("Le Courrier de Saône-et-Loire", 15 septembre 1951).
Georges Riguet oppose le moment actuel à l'autrefois où, les livres étant rares, on lisait lentement et sérieusement : A l'acte de lire, dit-il, s'attachait une sorte de solennité qui conférait au livre un mystérieux pouvoir... Maintenant, l'abondance des écrits, la "pacotille" des presses d'opinion, insoucieuses de la vérité et aux méthodes publicitaires outrancières, caractérise une époque désaxée dans ses profondeurs. On lit mais on se tient sur ses gardes, en s'en tenant à une glane rapide, impropre à enrichir intellectuellement. On oublie que lire est un art qui suppose une étude soutenue.

Toutes les autres chroniques s'intéressent à l'écriture, avec des considérations sur l'instrument-langue et sur son utilisation.

A- L'état de la langue
Avec humour mais non sans virulence, Georges Riguet fustige ce qu'il appelle la "décadence du français actuel", déformé par toutes sortes de barbarismes dont il donne mille exemples :

- termes ou expressions argotiques (les picaillons, les viocs, la poisse, se casser la nénette, se faire entuber, se manier le train, mettre les bouts...: ) : la langue française,dit-il, s'encanaille !)
- contamination de l'anglais colonisateur (outsider, fair-play, speech, mail, discount, photo-finish... et toute la ribambelle des mots en ing ! "Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, maintenant il parle anglais sans y penser !")
- néologismes pseudo-scientifiques (structuration, systématisation, , programmation... et tout le vocabulaire médical : allergie, refoulement, diététique et relaxation... "Diafoirus n'a plus de secret, chacun sait le nom et la vertu de ce qui bout dans la cornue !")
- exclamations outrancières (super ! sensass ! C'est évident ! ou le qualificatif de "formidable" qui pare l'objet le plus banal, fût-ce un événement sportif ou un fromage en boîte...)
- sigles, "mots-infirmes"(infos, pub, kiné, beauf, stups, BD, PDG, manif, psy..). prédilection pour la sonorité finale "o" (écolo, mégalo, phallo, maso,homos, vas-y mollo, stop chrono...) et autres hiéroglyphes, signes conventionnels d'un langage "fonctionnel" désireux de gagner du temps et de frapper les esprits...

On substitue au langage clair le charabia ; en même temps qu'on malmène la lettre, on tue l'esprit, déclare l'auteur (dans une demi-douzaine d'articles publiés surtout vers 1969-70).On brise les mots et les rythmes, on fait grimacer le style, on se divertit du solécisme, de la "langue verte", de l'incongruité...On fait fi de toutes les règles. Rien ne semble de mauvais goût !
Et Georges Riguet voit l'art d'écrire en passe de devenir quelque chose d'étranger à la vie. Les temps sont révolus de la recherche du mot précis, de la cadence de la phrase et du respect du lecteur... Qui aurait l'idée de se relire, de se corriger ? L'on n'a pas le temps, voyons ! Bientôt la pensée se traduira - si elle existe encore - par des chiffres, des graphiques, des images et des discours passe-partout...Rhétorique, littérature, jeux nuancés de l'expression, contraintes attachées à la langue... autant de désuétudes, autant d'objets bientôt sans emploi. (passim "La Gazette indépendante", 24 décembre 1970)
On imagine ce qu'il aurait pu dire à propos des messages SMS avec smileys !

La véhémence de ces critiques est significative : en commentant l'évolution sociale ou scolaire, nous avions noté la mesure du propos, l'ouverture d'esprit du citoyen ou du pédagogue. L'écrivain, lui, est plus catégorique car le lien de sa personnalité avec le vecteur de son art est intime ; pour lui, le discrédit de la langue écrite est une véritable profanation.
Comme toujours, et peut-être pour compenser, il se tourne vers le passé (ici, les patois locaux) jugés plus vivants, mieux enracinés dans la réalité culturelle.
Celui du Creusot, par exemple, ("Courrier de Saône-et-Loire", 1964) , un parler qui aime :
- significativement déformer les mots ou multiplier les verbes entourant la notion de travail (bosser,gratter,limer,buriner,turbiner,vorailler...) ou l'absence de travail (poiler, trôler...) Je sais pas ce qu'aul ait, dira par exemple une femme parlant de son mari, depus quéque temps aul en scie pus à la maison, aul est tout le temps à trôler…
- confondre l'auxiliaire (Vous m'ez pas regardé, J'ai de la Mârolle…), faire précéder le nom de famille d'un article (le Bouillot, le Pelletier…) et bouleverser le genre des noms (une arrosoir, une étang…) et la syntaxe (Lavou que te vâs ? Qui que te me dis ? T'y sais bin. Allons, grouille-te…)
- créer des néologismes : un mur ne s'effondre pas, il ébeuille ; on beurdoule, on gauge dans la gouillasse, on chougne (on pleure) ; un objet abandonné est un train-niau, on marende dans une coquelle des treuffes ou des crâpiaux, , on pâtaille comme une commère, etc…

Mais les mots et expressions du terroir sur lesquels il s'attarde le plus sont ceux de sa campagne natale. Entre 1964 et 1972, au moins trois volumineux articles (celui du "Morvandiau de Paris" est fractionné sur plusieurs mois, de juillet 1970 à février 1971) regrettent la progressive disparition de ces idiomes savoureux, apparentés au vieux français. Les exemples fourmillent que mon père emprunte à sa propre mère qui, dit-il, connaissait mieux que moi le langage de ce pays-ci.
Et voilà, en vrac, réveillés pour notre plaisir :
- des vocables "sans parchemin" : un gueurlu (un mendiant), un dévidaire (un mauvais sujet), une grande dardelle (une grande fille sans grâce), un nâpion (un bambin), un peut (un laid), un fouirou (un courlis), un jau (un coq), un veurtiau (un ver de terre), se réchandre (se réchauffer), bliter (épier), veurder (se sauver), agoniser de sottises (accabler de paroles injurieuses), un tartouillâ (une tarte épaisse), un coudré(un tailleur d'habits), avoir une bonne gouillotte (un gousset bien garni), un gamin reuchou (morveux), etc...

- des expressions toutes faites : avoir le lourdot (être pris de vertige), aller sur l'use (décliner), avoir le pot et la marmite (hériter de tout), manger le vert et le sec (tout dépenser), y'est lui tout craché (c'est tout son portrait), ârié (d'ailleurs), en dépus (depuis), faire le chagriot (chatouiller), s'habiller sans-devant-dimanche (s'habiller sans soin), le rapiâ (l'avare) écorcherait un pou pour avoir la piau, t'es comme la sarpent, te donnes et te reprends ! (tu ne tiens pas parole), je te fous mon billet (j'affirme), être adroit comme un moule à gaufres (très maladroit), se rabibocher (se réconcilier), à beurnanciau (à foison), se débattre comme un diable dans un bénitier...
A propos de nourriture : être ben avoiné (être repu), ne pas avoir plus faim que la rivière a soif (manquer d'appétit), un avalant (un goulu), un claque-bitou (un fromage blanc), des calas (des noix), avoir mangé toute sa réflexion (tout son content)...
A propos du corps : avoir le nez creux comme un canon de fusil (être rusé), se regrigner (faire la grimace), avoir un bon senton(avoir du flair), bâiller pour voir clair (n'avoir rien à faire), Ferme ton four, le pain est cuit (tu n'as plus rien à dire, tais-toi !)...
Formules bravant l'honnêteté : avoir un oeil qui dit merde à l'autre (loucher), rouler des yeux comme un chat qui chie dans la braise (prendre un air effaré), picassé à la merde d'ouillon(marqué de taches de rousseur), laisser pisser le mouton ( attendre patiemment), pousser le cul pour avoir la pointe (savoir se débrouiller), raisonner comme un fond de culotte (déraisonner), dégobiller tripes et boyaux (vomir), elle voudrait me faire passer par la raie de ses fesses (elle prétend me commander), crier comme une treue prise dans une barrière (s'égosiller)...

- A cela s'ajoutent quelques remarques sur la prononciation (le son "oi" à l'ancienne, par exemple : Françoué pour François, avouéne pour avoine, etc) ou sur la grammaire (comme les contractions voulues dans un souci de communication efficace : De lavou qu'te sors, Qui qu'aul t'é raconté ?..)

Ces patois, assure Georges Riguet, sont d'une lignée plus sûre, plus digne que pas mal de jargons actuels, autant « frangliches » que français. Même quand ils nous apparaissent comme un peu frottés de terre…, c'est de terre de chez nous !
La langue commune, par contre, est malade, avec son vocabulaire désarticulé et sa syntaxe les fers en l'air... La vogue des abréviatifs est aussi une contraction mais sa rigidité systématisée n'aboutit qu'à l'appauvrissement du contenu.
Voyez "la perspective Pop" (populaire, c'est-à-dire démocratique et facilement accessible) dans la Pop musique, le Pop'art, les festivals Pop et les restaurants à prix Pop... Le mot allant sur sa lancée, pourquoi, s'interroge Georges Riguet, ne pas parler de Pop Université (au lieu d'Université populaire), de prêtres Pop (au lieu de prêtres ouvriers), de Pop enseignement (au lieu d'école laïque)... Pourquoi pas des chaussures Pop, du savon Pop et une littérature Pop ?

Or, la littérature n'est pas un art facile.
Les réflexions qui suivent insistent sur la difficulté de l'expression écrite, avant de choisir pour nous quelques curiosités linguistiques, quelques "fleurs de la rhétorique" cultivées par des maîtres du verbe.

B- L'art d'écrire
Ecrire est à la fois aisé et difficile, rappelle Georges Riguet ; aisé si l'on se contente d'être compris de façon approximative comme dans le langage parlé qui peut être retouché par la répétition et aidé par la mimique. Plus difficile à l'écrit où les mots sont seuls, nus et prisonniers (les paroles s'envolent tandis que les mots écrits ne peuvent s'échapper, ils sont incorporés à la page, exposés indéfiniment à toutes les comparaisons...)
Et l'écriture est difficile si l'on veut traduire fidèlement ("décalquer") sa pensée car cette pensée doit se décanter tant elle est nuancée ; et chaque nuance, quoi qu'on en dise, n'a qu'une seule expression :
La même idée, nous assure-t-on, peut s'exprimer de dix manières différentes.
Voire !
Est-ce bien exactement la même ?

("Goutte d'encre", avril 1963)

Cette manière juste, pour l'évoquer, mon père recourt à des images :
- la phrase doit être bien construite comme un pont jeté ; (sinon comment veut-on que la pensée passe ?)
- la tournure doit avoir un style personnel ; (certaines façons de dire offrent un aspect misérable. On croit les voir en haillons. Elles ont l'air de demander l'aumône. C'est d'avoir traîné partout...)
- claire ou voilée, la formulation écrite gagne à se montrer sous son meilleur jour ; (ainsi, les élégances d'expression sont les accroche-coeur du style tandis que le mot d'esprit, malgré son brillant, n'est pas toujours le mot précis)

Images encore pour conclure que l'expression sans défaut, celle qui donne vie aux mots, est encore mieux qu'une traduction : c'est une libération, une délivrance...
C'est aussi une sécurité, la seule demeure où la pensée se trouve parfaitement à l'aise...
(De son côté, souvenons-nous, Paul Cazin estimait qu'un mot juste vaut une petite fortune... )

Ecrire est donc difficile. Et pourtant des écrivains arrivent à se jouer des difficultés en produisant toute espèce de figures linguistiques :
- allitérations ("Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes" Racine),
- anagrammes (Marie, qui voudrait votre nom retourner, / Il trouverait aimer : aimez-moi donc, Marie Ronsard),
- apostrophes ("O Barbara, quelle connerie, la guerre !" Prévert),
- vers olorimes qui riment sur toute leur longueur ("Gall, amant de la reine, alla, tour magnanime, / galamment, de l'arêne à la Tour Magne, à Nîmes")
- palindrome ("élu par cette crapule") c'est-à-dire groupe de mots pouvant être lu indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche. en conservant le même sens.
- Chiasme, contrepèterie, (ce ne sont pas des gros mots !), catachrèse, ellipse, litote (non, l'on vous jure, ce n'est pas le nom d'un oiseau), métaphore, prosopopée, etc, etc....

On a l'impression que Georges Riguet donne ces exemples de fantaisies, d'éclats linguistiques réussis malgré la résistance de la matière verbale pour mieux les opposer au nivellement et au délabrement contemporains, selon lui, de l'écriture.

Mais la maîtrise de l'art d'écrire, il sait bien qu'elle se manifeste surtout par le travail, c'est-à-dire le souci de ne rien laisser passer qui fût indigne ou seulement maladroit, la rigoureuse observance du terme exact, le discernement, la mesure de la cadence et de l'équilibre de la phrase, le respect de l'outil qu'on a dans les mains, avec sa syntaxe, ses contraintes...

Et il sait bien qu'elle se manifeste par un travail d'art, c'est-à-dire un travail jubilatoire dans la délectation à l'égard du suc des mots, le sens de la richesse profonde du langage, la joie de l'expression parfaite, la libération éprouvée lorsque, enfin, la pensée vivante de l'écrivain trouve sa forme...



On connaît ce mythe de l'oeuvre devenue si parfaite par l'amour du beau qu'elle prend vie soudain et se détache de son auteur Pygmalion... L'oeuvre alors s'éloigne des conditions de sa naissance et devient intemporelle. N'est-ce pas là preuve objective de qualité que de découvrir des créations anciennes qui jamais ne se rident et continuent de plaire ?

Georges Riguet pouvait parler de l'art d'écrire, lui qui a donné naissance à de si beaux poèmes qui orneront éternellement notre mémoire culturelle.


ART LITTERAIRE


Écriture, ma confidente
Et tout à la fois mon tourment,
Je sais combien ton agrément
Exige d'approche prudente...

Lequel choisir, du mot sonore
Ou du mot plus discret, lequel
Du propos tout simple, ou de tel
Qui de riche ornement s'honore ?

Seras-tu, fuyante écriture,
Le pur miroir, très souhaité,
Du jeu plus ou moins exalté
Où l'idée en moi s'aventure ?

Ou bien, trahissant ton message
Et te gaussant de mon souci,
Trahiras-tu l'espoir aussi
Que j'avais de faire oeuvre sage ?

O problème ! A quel ajustage
Faut-il s'en tenir, si l'on veut
Servir l'esprit selon son voeu
Et mériter son héritage ?

Mener à son terme l'étude
N'est point si facile qu'on croit,
Et le terrain demeure étroit
Où l'art s'affirme en plénitude.

Pourtant, je veux vous rendre grâce,
Mots exigeants, mots tourmenteurs...
Mais aussi nos consolateurs
Si peu que l'âme y trouve place.

 

Secrétariat du Prix : Madame Monique LABAUNE - 17, route de Montcoy - 71670 - Le Breuil