Georges Riguet  > Sa vie 

Récit de sa vie


Georges Riguet, poète d'Uxeau-sous-Dardon

Journaux et Revues concernés par les articles de Georges RIGUET

Le Creusot : Georges Riguet et la « Maison des Associations »

Poème-acrostiche de Daniel Lajeunesse

Ses principales Récompenses Littéraires

Une « place Georges Riguet » à Uxeau

par Maurice Riguet

Avec Georges RIGUET (né le 28 juillet 1904, à Uxeau, près de Gueugnon) la Saône-et-Loire a perdu (au début 1998) l'un de ses plus fidèles artisans. Car, sa vie durant et pour exercer son art éducatif et littéraire, cet enseignant-écrivain n'aura jamais quitté son département.
Son enfance se partage entre Uxeau et Autun où son père est instituteur (jusqu'en 1913), puis il fréquente le Cours Complémentaire du Creusot et l'École Normale de Mâcon (promotion 20-23). Après une première affectation à Rully et son service militaire (qui lui fait découvrir l'Afrique du Nord), il est nommé instituteur au Creusot en 1926 et, si l'on excepte la période de mobilisation de 39-40 et un transfert d'une année à Toulon-sur-Arroux en 1943, il passe toute sa carrière au Groupe de l'Est de la ville industrielle, en assumant longtemps les fonctions de Direction et en obtenant les plus hautes distinctions professionnelles (médaille d'argent, officier dans l'ordre des palmes académiques...)

C'est au Creusot aussi qu'il fonde une famille (il a deux enfants) et commence à écrire, encouragé par le poète Gustave GASSER puis par l'écrivain Paul CAZIN connu de toute la France lettrée, avec lequel il ne cessera d'entretenir des relations affectueuses et respectueuses.

Les écrits de Georges RIGUET sont variés et abondants. " Tu as une virtuosité insigne d'expression rythmique ; tu es un enfant chéri des Muses ", lui disait Paul CAZIN et la romancière Marilène CLEMENT ajoutait : " Votre prose est infatigable ". Pour la moitié, les oeuvres publiées sont des recueils de poésie, en effet, mais elles comportent aussi des récits, des histoires pour enfants (comme celles d'Antonin Muset, ce livre de lectures utilisé dans les classes du cours moyen), des souvenirs militaires, des croquis littéraires sur Le Creusot. A cela s'ajoutent des souvenirs d'enfance (certains inédits), des chansons (Ex. " Vers le Pays "- chant du retour des Prisonniers et Déportés- ou " La Chanson du Morvan ") et, surtout, les innombrables articles qu'il confie, durant soixante ans, à tous les journaux et revues régionaux. Depuis 1925, époque où il publie, pendant plusieurs mois dans un journal du bassin minier (La Gueule Noire) une suite de souvenirs de son service militaire (intitulée " L'arme sur l'épaule "), jusqu'en 1997-98 où ses derniers comptes rendus de livres sont publiés dans Le Courrier de Saône-et-Loire ou dans Le Morvandiau de Paris, il ne cessera de proposer aux lecteurs de la Région des contes, des poèmes, des analyses littéraires (ex. " Brins de plume ", " D'un mot à l'autre ", etc...), des évocations du temps passé (" Bonjour village ", " Au bon vieux temps ", " Échos du temps révolu ", etc...), des réflexions pédagogiques, des entretiens philosophiques divers (" Libres propos ", " La santé par les plantes ", " Notes sur l'esprit bourguignon ", " Gouttes d'encre ", " Courts métrages ", etc...) toujours pleins d'une bonhomie souriante et lucide.

Le grand public apprécie particulièrement ses contes et son témoignage enracinés dans la campagne d'autrefois ; il reçoit des lettres qui le remercient de ses " petits articles pleins d'humour et de bon sens qui nous rappellent notre jeunesse " ou bien de ses " contes du Morvan qui empruntent au parler local ses vocables les plus pittoresques ". Depuis ses débuts, les spécialistes louent la forme limpide et le fond de sa production orchestrée autour de trois motifs dominants : la campagne, l'enfance et le rêve. Ces thèmes sont liés :

Toujours un songe est là qui ne me quitte pas,
Fils que je reste éperdument d'une autre terre...

Cette terre, c'est la campagne de son enfance qu'il chante en alexandrins dans des strophes obsessionnelles et inspirées :

Campagne de chez nous, bruyères morvandelles,
Cailloux de la montagne et galets de l'Arroux,
Clocher, sapins, moutons, porche aux nids d'hirondelles,
Hameaux cachés, pays fermé comme au verrou...

On ne guérit pas de son enfance, paraît-il ; Georges RIGUET entretiendra toujours sa nostalgie du paradis perdu :


Non, rien n'est condamné, pourvu qu'on veuille y croire !
En dépit des détours où m'ont conduit mes pas,
Le pays d'où je viens ne m'abandonne pas
Puisque indéfiniment présent dans ma mémoire.

C'est cette source, cette veine qui provoquera en lui les accents les plus purs et les plus profonds. C'est son village natal qu'il évoque dans Les Chansons de l'Ouche-fontaine (le beau recueil poétique de sa maturité, récompensé en 1948 par le Prix Maurice Rollinat) et dans quantité de textes où revivent les Anciens, les pratiques et les jeux, et jusqu'à l'atmosphère du pays. Le regard pénétrant du poète a gardé de l'enfance assez d'innocence et de bonté pour révéler la beauté de la nature et observer fraternellement la peine des travailleurs (Chants nouveaux), la condition des animaux (Croquis, Chansons de bêtes...) et, bien sûr, la vie des enfants qu'il instruit dans son métier :

"La Petite Muse est entrée dans ma classe un mercredi matin. J'étais assis à mon bureau. Je corrigeais des cahiers..." Ainsi présente-t-il un manuscrit (inédit) de plus de quatre-vingts ravissants poèmes pour enfants (sélectionnés en 1989 au Grand Prix National de Poésie pour la Jeunesse). Et le manuscrit (inédit également) de Douzième année rappelle en préface que " La vie a deux côtés dont l'un est pour les hommes et dont l'autre est pour les enfants ". Tout se passe, en effet, comme si l'artiste essayait sans cesse de retrouver le domaine de l'enfance, le " domaine inconnu " qui serait, en quelque sorte, l'envers mystérieux de la vie :

Il est un autre univers
Et c'est le destin du monde
Que de poursuivre sa ronde
Sans voir jamais découvert
Le mystérieux envers
Et sa vérité profonde.

Cette idéalisation du passé, toutefois, n'est pas celle d'un esprit chimérique. Bien au contraire ! Georges RIGUET est fixé dans son temps (qu'il considère dans ses " billets philosophiques ") et dans son département (" O noble et fier terroir, Saône-et-Loire superbe... ") dont il décrit les charmes dans un " album " d'une trentaine de quatrains (Revue Images de Saône-et-Loire, 1983). Tant ses actes que ses écrits manifestent l'attachement qu'il éprouve pour son pays : pour son quartier (dans le cadre de l'Association pour les Personnes âgées), pour sa ville (qu'il réhabilite dans Le Creusot, cité calomniée et caractérise avec pittoresque dans Images creusotines), pour sa région natale qu'il chante dans maints textes et ballades :

Je suis un enfant du Morvan.
J'aime sa rampe forestière
Et les talus où la fougère
Se courbe quand siffle le vent.
J'aime ce vaste ciel mouvant,
Tour à tour pénombre et lumière.

Son pays, il le défend aussi au cours de sa campagne militaire de 39-40 qu'il raconte dans un récit intitulé Les Guerriers sans fureur puis au cours de son activité au sein de l'Union Fédérale des Anciens Combattants qui lui remettra, en 1989, la médaille de vermeil " pour quarante-cinq années de présence et services rendus au monde du Combattant ". Parmi ces services, aussi, des hymnes, comme ce bel " In Memoriam " (14 quatrains) publié un onze novembre :

O morts d'hier et de naguère,
Peuple immense et silencieux,
Armée innombrable de ceux
Qu'emporta l'ouragan des guerres !

Georges RIGUET ne devra pas être oublié car il était sérieux, fidèle, dévoué. En aura-t-il rédigé des hommages et des comptes rendus de livres ! Peu d'ouvrages écrits dans sa Région qu'il n'ait présenté consciencieusement et avec bienveillance. Car la bonté et la modestie caractérisaient aussi cet orfèvre, membre de l'Académie de Mâcon (depuis 1957), et de l'Académie du Morvan (depuis 1968), membre du jury du Prix du Morvan et du Prix de poésie Gustave-Gasser dont il fut l'un des Présidents. Ses jugements étaient toujours modérés, à l'affût de la part positive de l'oeuvre, craignant que ne soit négligée quelque originalité de l'auteur et se penchant sur elle, attentivement, comme dans son art il se penchait vers les plus démunis : " le poète des humbles ", " ces vers qui parlent à l'âme et rendent meilleurs "... écrivaient les critiques dès 1933. Et, ces dernières années encore, Henri NICOLAS, le talentueux journaliste et écrivain de Saône-et-Loire, ne parlait jamais autrement que du " bon Georges RIGUET ".

Les dernières décennies sont assombries par la perte de son épouse, Simone BOURGOIN : De même qu'il avait chanté leur jeune amour, en 1935, dans son Imagerie nuptiale à la sensibilité frémissante, il essaie de circonvenir sa peine et de cacher en des rimes confidentielles la détresse de sa solitude.

En amitié, il aura été constant aussi et sa correspondance s'honore de noms connus. Avant guerre, il échange avec Victor MARGUERITTE (qui préface ses Chants nouveaux), avec les Académiciens Edouard ESTAUNIE et Georges LECOMTE, avec l'historien dijonnais Georges BOUCHARD, avec les Directeurs de la revue littéraire La Bourgogne d'or : Gustave et Lylhète GASSER. Il est un familier des peintres creusotins Claude PALLOT, René GUYON, Raymond ROCHETTE (qui illustre plusieurs de ses recueils avec des bois gravés). Il entretient des relations suivies avec la fine fleur de l'art bourguignon : les écrivains Marilène CLEMENT, Jean SEVERIN, Roger DENUX, Marcel BARBOTTE, Alberte MARTELLET, Emile MAGNIEN, Tristan MAYA, Roger SEMET..., avec le Directeur du Courrier de Saône-et-Loire René PRETET, avec l'historien du Morvan Joseph BRULEY et Albert COLOMBET, Directeur de la revue Pays de Bourgogne. Au risque d'en oublier beaucoup... En 1997-98, une poétesse comme Renée GILLET continue de s'enchanter de sa poésie et la met en musique ; cinquante ans auparavant, Paul CAZIN trouvait que la voix de Georges RIGUET était " la voix même de la raison comme du coeur ". Cette voix qui interpellait le bonheur :

" Bonheur, bonheur, que cherches-tu
Et que faut-il pour te séduire ? "
Le bonheur m'a fait un sourire,
Mais il ne m'a rien répondu.

Elle s'est tue, cette voix lyrique qui savait garder raison :

Si glorieux que soit ton rêve,
O voyageur, la mort te suit,
Car, pareil au vent qui se lève,
Le temps s'en va, le temps s'enfuit...

 

Secrétariat du Prix : Madame Monique LABAUNE - 17, route de Montcoy - 71670 - Le Breuil