Georges Riguet  > Sa vie  > Cérémonie du centenaire de la naissance de Georges Riguet 

L'école d'Uxeau avant 1920

Souvenirs de l'élève Georges Riguet

Extraits du Discours de Monsieur le Maire d'Uxeau

Georges Riguet, Poète d'Uxeau-sous-Dardon
Extraits d'un article de Maurice Riguet publié en 2003, dans la revue Echos du Passé
Le Pays d'où je viens
Poème de Georges Riguet

Extraits d'articles publiés dans Le Courrier de Saône-et-Loire du 27 septembre 1972 et du 11 novembre 1960

Dans nos écoles rurales, en ce temps-là, l'on était loin de disposer d'un matériel pédagogique merveilleux. Notre manuel de lecture, c'était "le Bouillot". Ah, l'on n'y était pas gâté sous le rapport de l'illustration, non plus que sous celui de l'intérêt des textes ! A se demander comment l'élève le mieux disposé, le plus consciencieux, pouvait arriver là-dedans à prendre goût à la lecture.
La géographie Foncin, l'histoire Lavisse et la grammaire Claude Augé, plus un livre d'arithmétique dont j'ai oublié l'auteur complétaient notre attirail d'étude. Ces livres étaient fournis, en principe, par la commune mais, par économie, on ne les renouvelait pour ainsi dire jamais... De sorte que la plupart, d'une année scolaire à l'autre, devenaient autant de guenilles de livres, difficiles à manipuler.
Nous n'étions pas mieux servis quant aux autres fournitures. Ardoises de pierre ou de carton, cahiers, crayons, tout était mesuré chichement et devait durer à l'extrême limite. Faute de quoi, à vous de remplacer la marchandise gaspillée ! La dernière page blanche du cahier remplie, l'on écrivait sur la couverture. Une plume "sergent-major" devait vous durer un mois. Le compas était un objet de luxe.

Le décor où l'on travaillait souffrait de la même indigence et n'était guère fait, lui non plus, pour encourager les élèves à se plaire en cet endroit ! La salle de classe, assez grande, avait des murs peint de jaune : un jaune déteint de feuille de maïs. La clarté n'abondait pas du fait que les deux fenêtres s'ouvraient, non point sur le plein air, mais sur le toit du préau. Au milieu du local, deux gros piliers de bois ripoliné et un gros poêle rond entouré d'une grille. De longues tables de bois occupaient quasiment la largeur de la salle. Chacune recevait huit à dix élèves. Quelques bancs seulement avaient des dossiers. Ce mobilier datait sûrement des débuts de l'école primaire, obligatoire et laïque. A gauche, le placard était encombré de cailloux et de nids d'oiseaux couvés par la poussière et la tête verte d'une mappemonde. A la muraille de droite, on ne sait pourquoi, un portrait de Guillaume d'Orange. Au fond, le réduit à balais.
Le bureau du maître d'école était une simple table installée sur une estrade mais l'instituteur s'y tenait rarement. Zélé et consciencieux, Monsieur Buisson préférait circuler dans la classe qui comprenait trois divisions : il y avait l'année des "grands" - ceux qui préparaient le Certificat -. Les deuxièmes et troisièmes rangées étaient ocuupées par les élèves du Cours Moyen. Le fond de la salle, derrière le poêle, donnait l'hospitalité aux élèves attardés : c'était la zone-refuge des incapables ou, si l'on veut - des innocents qui somnolaient, ne s'intéressaient à rien et n'avaient d'autre ambition que de quitter l'école au plus tôt pour s'employer à des besognes plus en rapport avec leurs dispositions naturelles... A ceux-là, le maître ne demandait qu'une chose : de rester tranquilles pendant les leçons. En revanche, il ne ménageait pas ses peines à l'égard des autres élèves. Il avait ses méthodes à lui."Savoir par coeur" ses leçons était l'une des ses exigences. La bonne tenue des cahiers en était une autre. Sur ces deux points nulle faiblesse. Par exemple, le résumé de géographie insuffisamment étudié devait être recopié un certain nombre de fois puis récité à nouveau (y compris la liste des sous-préfectures). Tout devoir mal écrit était recommencé.
En ce qui concerne l'enseignement du calcul, Monsieur Buisson, là encore, usait de procédés sévères mais efficaces. Dès qu'on était dégrossi, au sortir de la "petite classe", et qu'on savait bien ses "tables", il convenait de "compter des opérations" sans se lasser. Autant dire, matin et soir. Et gare à l'étourneau qui faisait une erreur ! De bon gré ou autrement, vous deviez trouver la solution. A ce régime, souvent, il y avait des pleurs et des moments d'accablement... Mais le maître savait très bien déceler l'instant où commençait la comédie... Par contre, en présence d'un pauvret plein de bonne volonté mais peu doué pour le calcul, l'instituteur faisait preuve d'une patience inlassable, répétant ses explications, encourageant l'écolier en utilisant tous les procédés possibles pour l'aider à comprendre.
En grammaire, en orthographe, peu de discours, mais des exercices répétés, avec application des règles apprises. A tour de rôle, le maître expédiait au tableau les garçons de la "grande division". Une phrase assez longue était dictée qu'il fallait écrire correctement puis "analyser", membre par membre, mot par mot. Suivait toute une gamme d'exercices oraux portant sur les règles d'accord, la conjugaison, le vocabulaire... Même les meilleurs élèves redoutaient ces séances d'interrogation mais la classe en tirait grand profit. De nombreuses "dictées" assorties de remarques et questions, contribuaient, par ailleurs, à améliorer nos connaissances en orthographe. Toujours "sur notre dos", l'instituteur exerçait un contrôle rigoureux du travail effectué, ne tolérant aucune dérobade. Que de fois il fallait répéter les règles, recopier les "mots difficiles"... mais il est juste de reconnaître qu'une telle pédagogie avait son efficacité. De bon gré ou non, dans une classe ainsi menée, on travaillait.
Cet enseignement où nul autre droit n'était reconnu à l'élève que celui d'obéir et de fournir l'effort demandé semblerait aujourd'hui quelque chose de barbare et démodé. Je n'ai pas l'impression, pourtant, que les élèves de ce temps-là eussent souffert de ses rigueurs. Nous prenions l'école au sérieux, nous faisions confiance au maître, la discipline qu'on nous imposait nous semblait une chose normale, naturelle...
En ce qui touchait à la tenue, au langage... les exigences à notre endroit étaient les mêmes. Car, là non plus, Monsieur Buisson ne badinait pas. L'instituteur savait à qui il avait affaire. Les frustes petits paysans que nous étions tous n'avaient de la bienséance qu'une assez vague notion et l'on peut dire que sous ce rapport, l'ouvrage ne manquait point, visant à notre éducation. En temps ordinaire, entre nous, c'était à qui se laisserait aller aux libertés de langage les plus hardies. Quant aux règles de politesse, allez-y voir ! Ni les gens du voisinage, ni nos parents n'avaient toujours le moyen de contrôler en permanence notre attitude à ce sujet...
Les consignes de Monsieur Buisson étaient d'une autre portée ! Le maître entendait que ses élèves eussent en tout lieu, au dehors comme à l'école, une tenue exemplaire. Pour ce faire, l'essentiel était, à ses yeux, de nous inculquer, dès les premiers jours de classe, des habitudes de politesse d'une rigueur quasi mécanique. A peine étiez-vous admis à l'école, l'apprentissage commençait qui ne devait point se relâcher jusqu'à l'âge du certificat. L'exemple des plus grands aidant, il devenait bientôt tout naturel à chacun de "répondre correctement", sans grimaces ni bouderies, de dire "bonjour, monsieur, pardon, merci ou s'il vous plaît, chaque fois qu'il était nécessaire et, dans la rue, de saluer même les étrangers au pays. Gare à qui était pris en faute ! Et, sans vouloir prétendre que les exigences de l'instituteur faisaient de nous des petits saints, il est permis de penser qu'elles nous tenaient à l'écart d'un certain laisser-aller.
Qu'on n'imagine point, pour autant, que les écoliers de ce temps-là fussent moins turbulents que ceux de l'époque actuelle ! La récréation venue, les ébats reprenaient leurs droits ! La cour d'école s'étendait devant toute la longueur du bâtiment, mais un mur d'un mètre de haut y séparait les garçons des filles, de sorte que l'espace offert à l'agitation se révélait plutôt restreint. Nous nous bornions à courir, à remuer.. dans une partie de "tape", de "barres" , de "gendarmes et voleurs"... . Le saute-mouton était interdit. Pas d'autre matériel de jeu qu'une balle confectionnée avec de vieux chiffons ou des "gobilles" quand la saison était venue de ces amusements. Inutile de préciser que, durant les quinze minutes que durait la récréation, nous restions sous bonne surveillance. Que survienne une altercation, une bousculade, qu'un "grand" malmène un plus petit, qu'un "voleur" tente de se soustraire à la poursuite du "gendarme" en se cachant dans quelque recoin interdit, qu'un autre se débarrasse de ses sabots pour galoper plus aisément, qu'on franchisse involontairement le portillon de la cour des filles... aussitôt, si vous étiez vu, vous rattrapait la voix du maître et fondait sur vous la sanction.

 

Secrétariat du Prix : Madame Monique LABAUNE - 17, route de Montcoy - 71670 - Le Breuil