Georges Riguet  > Sa vie 

Georges Riguet, poète d'Uxeau-sous-Dardon


Journaux et Revues concernés par les articles de Georges RIGUET

Le Creusot : Georges Riguet et la « Maison des Associations »

Poème-acrostiche de Daniel Lajeunesse

Récit de sa vie

Ses principales Récompenses Littéraires

Une « place Georges Riguet » à Uxeau

par Maurice Riguet

L'écrivain Georges Riguet nous a quittés en 1998. A l'occasion du centenaire de sa naissance à Uxeau (en 1904), la Municipalité de ce pays prévoit d'inaugurer une plaque à la mémoire de l'un de ses fidèles enfants qui aura évoqué son sol natal, avec ferveur, dans des contes, des poèmes, des souvenirs égrenés au cours de soixante-dix années d'écriture.

Son œuvre variée comprend des images du Creusot (où il est instituteur), des poèmes innombrables, des souvenirs militaires, des chroniques socio-culturelles, des critiques de livres que publient les journaux de la région comme Le Courrier de Saône-et-Loire, Le Morvandiau de Paris, La Gazette Indépendante d'Autun, La Renaissance de Paray, etc… pour ne citer que les plus récents. Mais c'est surtout en évoquant Uxeau où il passe une grande partie de son enfance que Georges Riguet manifeste, par la mémoire et l'imagination, la pureté de son talent et son attachement au pays.

Dans ses Contes de mon Village (1933), ses Histoires d'Antonin Muset (manuel scolaire, 1953), dans la centaine de ses articles (intitulés « Bonjour village », « Au bon vieux temps », Aux sentiers du souvenir »…), dans ses manuscrits (Douzième année, A l'Auberge des Blancs…), dans ses recueils de poésie (notamment sa Chanson de l'Ouche-Fontaine, 1954), le poète exprime un amour inextinguible pour les lieux de son enfance qu'il n'oubliera jamais :

Voici le cher village aux aubes radieuses,
Avec ses bruits et ses rumeurs d'un autre temps,
Ses chemins malaisés et ses chars cahotants,
Sa croix de pierre et sa fontaine aux eaux rieuses
.

Au gré des pages et de la fantaisie du conteur, le nom du village change (Villagrande, Bazeu, Melvile, Millepertuis, etc…), comme aussi les lieux-dits, mais c'est toujours d'Uxeau dont il est question, du vieux village montueux - maintenant coquet - mais qui aura longtemps conservé, dans une sorte d'intemporalité, l'aspect qu'a connu Georges Riguet en 1914 :

Au faîte du coteau apparaissent les maisons du bourg. On en compte une vingtaine, le toit sur l'oreille, l'air fatigué. L'église et l'école sont les seules constructions couvertes d'ardoises : elles font les fières. Les autres bâtisses s'appuient de l'épaule aux échelles de leurs fenils et bâillent à pleine porte comme des femmes édentées. Quatre tilleuls, sur la place, dansent leur ronde immobile autour d'une croix de pierre grise.

Et voici la maison natale, (Elle est au bout du village, à l'amorce de la « dévalée » qui mène à l'Etang Neuf) avec, en face, la petite colline de « La Fioule » à demi cachée par les établissements Simon, autrefois menuiserie et Hôtel du Nord. Car nous parlons d'une époque où quatre débits de boissons attiraient la clientèle uxelloise : Le Café du Centre (le café des jeunes), le Café Chandioux, l'Hôtel du Nord réservé aux clients du menuisier, et l'Auberge Boeufgras (des arrière-grands-parents maternels) qui réunissait les chasseurs du pays.

Depuis cette auberge, jusqu'au carrefour de la Croix de la Perche toujours battu des vents et proche du Mont Dardon, cette grosse bosse robustement modelée, les textes de Georges Riguet décrivent ou chantent tout le pays et sa campagne, en l'animant d'une foule de personnages : les figures familiales, bien sûr, mais aussi les paysans, les artisans (forgeron, sabotier, scieur de long, brandevinier…) dont il décrit avec précision les pratiques professionnelles, en s'arrêtant sur les portraits les plus pittoresques. Voici l'Etienne Buteau, à la fois cantonnier, tambour municipal et fossoyeur, le Père Pinson qui va sur l'use, la Mère Bouc qui glane à la brune, dans les jardins mal clôturés et les poulaillers du voisinage, tout ce qui tient dans un cotillon retroussé. Voici le Père Breugnot qui, chaque dimanche, sort du café en braillant « la jambe de bois », et la Jeannette Brebis avec sa figure en fond de soupière, et Blaise Laumain, le joueur de vielle (dit « le Vindiou » ou « le Roton ») dont la trogne rubiconde n'engendre pas la mélancolie… Tous ces Anciens revivent dans les souvenirs d'enfance, dans les contes, dans les récits drolatiques ou émouvants ; car ce sont souvent les plus déshérités d'entre eux qui reviennent vers nous : le Jeanjean qui trime du matin au soir, Célestin l'innocent, le « bêtia » qui ressemble à une grande rame à haricots, la Veuve sans fortune ni jeunesse des « Copeaux d'or » ou le bonhomme Mathurin des Contes de mon Village que les garnements tourmentent… N'en doutons pas : toutes ces silhouettes ont bien existé, même si leurs aventures sont parfois enjolivées.

D'ailleurs, l'approche littéraire de ce village renommé (selon Mlle Billard qui fait le catéchisme) pour son air pur, son eau claire et pour le son de ses cloches, où les huit cents habitants (en 1914), pas plus bêtes qu'ailleurs, sont entêtés et âpres au gain, s'accompagne de multiples notations de sciences humaines : expressions patoisantes du langage local, représentations socio-culturelles concernant le temps, les habitudes de consommation, la différence des sexes, les mœurs politiques, les traditions : braconnage, lessive « au crô », roulée des œufs de Pâques, course aux ânes, jeux d'enfants, bouquet de la mariée que l'on dépose sur le passage du cortège… et toutes ces légendes qui enchantent les veillées, personnifient les fontaines, les animaux ou les rochers, ruinent la réputation de certains lieux (« le Mauvais pas », le Trou d'enfer »…) hantés par les revenants, le mauvais œil ou l'odeur de soufre.

Beaucoup de notations ethnologiques, saisies sur le vif, caractérisent donc les textes de Georges Riguet dont la mémoire d'enfance est restée incroyablement lumineuse. Je me plaisais à Uxeau plus qu'en tout autre lieu connu, écrit-il ; mais, en même temps, son amour transfigure le pays, habille la route d'un grand soleil printanier couleur de paille mûre ou bien la tapisse d'une neige féérique, établit des correspondances entre senteurs, bruits et lumières, comme dans cette nocturne :

La lune brille dans le ciel comme une lanterne de soir de fête. De tièdes brises voyagent par les espaces, apportant des senteurs mêlées de terre chaude, d'herbe sèche et de fleur d'acacia. Arbres et buissons échangent un mystérieux langage fait de bruits furtifs, de piaulements et de froissements de feuillage…

Et la métamorphose artistique touche, bien sûr, la Montagne du Dardon, cette gardienne séculaire, détentrice de mille secrets : Elle connaît l'humeur des vents et le cheminement des nuages, elle détourne quand elle le veut les orages. Plusieurs récits (« Les chercheurs d'or », « Le feu sur la montagne », « Le camp de César », etc..) concernent le Dardon où Tonin de la Douzième année allait se perdre délicieusement. Suivons-le un peu :

L'enfant monte. Sous le soleil, il distingue déjà, là-bas, le groupe des maisons du village, immobiles, ratatinées… Son pied sabote dans la bruyère, sur les pentes rocailleuses. La vieille montagne morvandelle n'a pas un manteau de reine. C'est une humble paysanne ; son fichu d'arbres semble rongé par les années. Contre elle, l'enfant se sent tout au chaud. Il est empli d'un bonheur indéfinissable. Au fur et à mesure qu'il grimpe l'horizon s'offre plus splendide à ses yeux. L'enfant se voit sous l'aspect d'un conquérant du monde. Le Dardon est un navire. Le Dardon est une bête et, sur l'encolure du monstre débonnaire, il entreprend une chevauchée fantastique. Le Dardon est une montagne mais c'est la plus belle assurément !


Ah, vraiment, Georges Riguet était bien l'un des « Amis du Dardon » et l'un des enfants d'Uxeau : ses écrits constituent un véritable chant d'amour, à la fois, nous l'avons dit, par la minutie de l'aspect documentaire sur l'autrefois mais aussi par la vérité de sa vision intime capable de restituer l'atmosphère, l'âme d'un pays que le poète voudrait protéger à jamais, comme dans l'extrait de cette « Géorgique » :

Bon génie de nos campagnes,
Garde mon petit village !

Mon doux village ignoré
Qui pointe sur la colline
Son clocher bleu ;
Mon doux village, perdu
Dans le chemin des nuages,
Au détour de la montagne.

Mon vieux village sans orgueil ni désir téméraire,
Qui mâche le temps de ses dents jaunes,
Qui creuse et pioche la terre dure,
Qui vit de la vie simple et drue
Des arbres et des buissons.

Protège-le, génie des forces éternelles ;
Protège-le, si tu le peux, de la folie des villes
Et du délire universel.

Permets-lui seulement de vivre,
Au penchant de sa colline,
Dans le retour des saisons.



(Article publié dans le numéro 93-2003 de la revue Echos du Passé, revue de l'Association gueugnonnaise "Les Amis du Dardon")

 

Secrétariat du Prix : Madame Monique LABAUNE - 17, route de Montcoy - 71670 - Le Breuil